Lors de ses travaux, la Loge s'est penchée sur la question du rituel. Pourquoi est-il nécessaire ? A vrai dire est-il vraiment utile ?
Parmi plusieurs réponses, en voici une qui résume le sentiment de la très grande majorité des Sœurs et des Frères qui ont participé au débat. Elle figure ci-dessous dans une version adaptée et légèrement abrégée.
La Loge a choisi de s'intéresser aujourd'hui à un aspect de notre travail qui peut paraître énigmatique aux yeux du profane : la pratique des rituels.
Mais d'abord, comment définir le rituel ? Il peut être considéré de diverses manières, comme :
- une codification de la pratique collective du groupe, qui donne le cadre institutionnel de la Loge ou encore
- une organisation commune qui rythme et ordonne la tenue.
Le rituel définit les tâches à accomplir, les paroles à prononcer.
Ainsi, le rituel d'ouverture de nos travaux, lorsque nous travaillons en tenue, est actes, gestes,
signes, rythmés par un ensemble de questions-réponses mises en scène.
Il crée les conditions favorables pour une rupture avec le monde quotidien, les préoccupations
qui nous assaillent, l'effervescence de la vie de tous les jours. Cette rupture permet de s'isoler mentalement et psychologiquement de l'agitation extérieure et d'affirmer très justement que "nous ne sommes plus dans le monde profane !"
Le rituel donne accès à un monde intemporel, serein, propice à l'échange. C'est ainsi que celui qui préside à l'ouverture des travaux permet aux Maçons de se rendre disponibles pour prêter atten-tion à ce que dit l'autre. La prise de parole codifiée rend chacun attentif à la pensée de l'autre et met en place un véritable et enrichissant échange d'idées. Chaque membre peut exprimer avec mesure ses opinions, dans une totale liberté et la plus grande confiance.
S'exprimer librement, c'est bien sûr beaucoup. Mais écouter librement paraît être encore plus fondamental : il s'agit d'apprendre à se taire pour partager, dans le respect des autres et de soi-même. Les opinions émises sont admises dans un esprit de tolérance et de fraternité. Cette méthode unique qui permet de créer des échanges fraternels, est au moins aussi importante que les idées émises. C'est un processus d'éveil.
Mais ce n'est pas un exercice gratuit: il vise à la transformation de celui qui l'entreprend afin de déboucher sur une action féconde au profit de l'humanité.
Les rituels maçonniques ont été divulgués très tôt après la création de la Franc-maçonnerie spéculative moderne, au XVIIIème Siècle. Aujourd'hui, le grand public peut avoir accès à de nom-breux ouvrages qui présentent les rituels maçonniques, les dissèquent et tentent d'en expliquer le sens et le symbolisme. Une telle entreprise est vaine. Il faut bien comprendre qu'un rituel ne devient opérant qu'à travers le vécu, c'est-à-dire l'expérience. Sa simple lecture n'apporte rien.
C'est ce vécu individuel, forcément unique, qui est le véritable "secret " maçonnique.
Vivre les rituels crée un espace, un temps, un environnement et un "égrégore" uniques pour faciliter le travail commun et individuel et finalement permettre la progression personnelle.
Les rituels constituent un cadre et donnent une structure aux réflexions. Ils représentent une des principales caractéristiques de la Franc-maçonnerie, depuis toujours. Ils permettent de travailler librement et sont une manière particulière de transmettre tout un univers de valeurs. Leur rôle est primordial, fondamental, que l'on travaille entre hommes, entre femmes, ou en mixité.
Au cours d'une initiation (réception solennelle d'un candidat), l'usage veut que l'Orateur de la Loge s'adresse au nouveau venu pour lui souhaiter la bienvenue. Voici quelques extraits significatifs d'une récente "planche" de bienvenue.
"Tout d'abord, je dois vous féliciter d'avoir trouvé la voie qui mène au Temple. Il vous a fallu chercher, vous découvrir vous-même ou du moins vous y efforcer, surmonter des épreuves et frapper à une porte qui devait vous paraître bien mystérieuse. Vous l'avez fait ! Pour vous, c'est un commencement, le même que tous, ici, avons connu et le même que connurent tous les Francs-maçons qui nous ont précédés.
La cérémonie que vous venez de vivre recèle un symbolisme particulièrement dense. Tout y est message, tout y a un sens. Toutefois, il n'appartient à personne de vous livrer la signification de chaque étape de votre initiation ni celle des nombreux symboles que vous avez découverts. En effet, il n'y a pas en Franc-maçonnerie - pas plus que dans quelque société initiatique que ce soit - de "dictionnaire des symboles" ou de "prêt-à-comprendre".
C'est à vous qu'il appartient de découvrir la signification de ce que vous venez de vivre, librement, par votre effort personnel, avec l'aide de vos aînés. Tout dépend de vous et cette forme particulière de recherche et de réflexion constitue précisément la méthode initiatique. Celle-ci n'est jamais endoctrinement. Elle n'est même pas un enseignement à proprement parler, mais bien une maïeutique, c'est-à-dire un enchaînement de questions destiné à vous amener à deviner, inventer, entrevoir et, finalement, trouver vos propres réponses. Notons toutefois qu'à la différence de la maïeutique socratique, les questions sont muettes, posées par les seuls symboles, et l'on pourrait d'ailleurs fort bien ne jamais les entendre et donc ne jamais chercher de réponse...
Société initiatique, la Franc-maçonnerie ne professe point de dogme. Sa seule doctrine, c'est le respect absolu de l'Homme et de sa liberté. S'y employer, c'est commencer par interdire à soi-même certains comportements: le Franc-maçon se garde de proclamer comme absolues des vérités qui ne sont jamais que les siennes, que ce soit sur le plan philosophique, méta-physique, religieux ou encore politique. Le Franc-maçon est au contraire apte et toujours prêt à remettre en question, loyalement, ses propres idées et conceptions car, selon la formule de Sénèque, il "ne prétend point connaître la Vérité, mais la chercher" et se fait un devoir de respecter les vérités de ses Frères et Sœurs, sans pour autant renoncer aux siennes.
Voilà qui est plus facile à énoncer qu'à mettre en pratique ! Cela exige des qualités bien rares (même chez les Francs-maçons !): une honnêteté intellectuelle rigoureuse alliée à une modestie authentique. Autant de qualités qui sont celles de l'être humain qui, sans feindre de méconnaître sa propre valeur, son expérience et ses connaissances, se reconnaît capable d'erreur.
(…)
Cette attitude implique une grande liberté de recherche et de pensée, c'est-à-dire aussi de tolérance. Non pas une tolérance passive, dédaigneuse ou veule qui admet, ne pouvant faire autrement, que l'autre pense autrement que nous. Le Franc-maçon doit au contraire viser une tolérance active et chaleureuse qui ne se contente pas d'admettre, mais qui aime que l'autre, Frère ou Sœur, soit différent, pourvu qu'il soit aussi imprégné de cette tolérance qui est, pour le Maçon, le fruit d'or de l'initiation.
Il est une autre notion que j'aimerais encore aborder car elle me paraît essentielle et caractériser le mieux l'esprit maçonnique: celle de transcendance. Le rituel maçonnique nous confronte en effet, inévitablement, à "quelque chose" qui nous conduit bien au-delà de notre simple individualité, forcément inscrite en d'étroites limites. Ce que nous fait vivre le rituel est un appel au dépassement.
Certes, cette notion de transcendance, ou de dépassement si l'on préfère, est différemment interprétée selon les obédiences et les rites. La Franc-maçonnerie est diverse. Les uns travaillent à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers, d'autres au Progrès de l'Humanité, d'autres enfin à la seule Gloire de la Franc-maçonnerie Universelle. Finalement, est-ce tellement important ? Est-ce en fin de compte si différent ? Probablement pas autant qu'on le pense et peu nous importe le sens que chacun veut bien conférer à la notion de transcendance.
Ce qui importe le plus, c'est d'abord de commencer à réaliser en soi la cohérence. Mettre de l'ordre dans ses idées, mettre de l'ordre dans ses émotions. La devise du Rite Ecossais Ancien et Accepté n'est-elle pas justement "ordo ab chao" ? C'est ensuite d'être en mesure de donner du sens aux choses et aux événements de l'existence. Et puis, par là, de nous sublimer et finalement de nous rattacher à quelque chose de plus vaste, de nous lier à l'universel.
Seul un être humain ayant acquis un champ de conscience élargi, pleinement lucide, est ca-pable de contribuer efficacement à l'édification du "Temple de l'Humanité", c'est-à-dire de réaliser "sur la terre et pour tous les humains, le maximum de développement moral, intellectuel et spirituel, condition première du bonheur…", pour reprendre la formule de l'article 3 de la Constitution Internationale du Droit Humain.
Voici, je pense, comment se lient et se concilient Tradition et Progrès. Ce message est tout entier dans l'initiation que vous venez de recevoir. Il nous reste l'agréable devoir de vous souhaiter la bienvenue et de souligner la joie que nous avons de vous accueillir, la force que nous allons retirer de votre présence et la sagesse que la compréhension de nos différences ne manquera pas de nous apporter.
C’est le temps des frissons, des toux, des courants d’air,
La saison des brouillards, des grogs, des « galères »,
Le sol est dur et froid, l’année « se fait la paire »,
Les arbres nus grelottent en un frileux concert,
Nous voici revenus à la Saint Jean d’Hiver.
Les villes ont revêtu leur habit de chimère,
Leurs bijoux arrogants, commerces délétères,
Cadeaux enrubannés, empires de l’éphémère,
Les pauvres ont froid aux pieds mais gardent le cœur fier,
Aux temps de la Saint Jean,… rêver devient plus cher !
Par devant nos écrans nous voyons la misère,
Cortèges suppliants, échos de sombres guerres,
C’est le temps de la Mort, le temps des vies précaires,
La saison des soupirs, le moment de se taire.
Pour certains, Mes Sœurs et Frères, c’est la Saint Jean d’Enfer !
Mais au moment où l’ombre enveloppe la Terre,
Où notre cœur bat, à l’endroit, à l’envers,
Apparaît le chemin ; pas à pas il s’éclaire
Et l’Etoile qui veille au bord de l’Univers
Nous murmure tout bas… c’est la Saint Jean… Espère !
Car si le grain se meurt, la Vie le régénère !
Dans un profond secret, le miracle s’opère
Et le blé sera beau et la moisson prospère
Et l’Homme triomphant renaît dans la Lumière
Les feux de la Saint Jean consument le mystère !
En cette fin d’année basculent nos repères
Et l’alchimie du temps rapprochent les contraires
En jetant des paillettes au sapin toujours vert.
L’Espoir d’un enfant rend cette nuit plus claire,
Miracle d’Amour… c’est la Saint Jean mes Sœurs et Frères !
Reviendra le printemps au cœur des primevères
Et les longs jours d’été et les nuits tellement claires
Et le parfum des fleurs et le chant des rivières
Et le temps des fruits murs des saisons de la terre !
Eternel retour que la Saint Jean vénère !
La chaleur de nos cœurs et nos mains qui se serrent
Font la chaîne d’Union dans les deux hémisphères,
Contemplons les rayons de notre astre solaire,
Partageons notre pain et remplissons nos verres,
C’est la fête aujourd’hui, c’est la Saint Jean LUMIERE !